Tu dois être heureuse pour une fois. Ils sont là, tous pour toi, plus que tu n'aurais pu l'imaginer. Si tu pouvais revenir en arrière, aujourd'hui, tu le ferais certainement, non ?
Ne pas reproduire tes erreurs, qui furent nombreuses, il faut bien l'avouer. Changer le cours de ta vie, qui, on l'a bien vu ne fut pas brillant. Avoir une descendance, qui aujourd'hui se joindrait à la foule, pour te pleurer, elle aussi.
Cependant, regarde y de plus près, les gens parlent, ont le regard dans le vide, contemplent le lieu, admirent leurs congénères, « tiens, une connaissance », « oh, que je pense à aller saluer ce bon vieux camarade », « et si j'allais lui proposer un verre à la sortie »..
De nombreuses pensées les traverse, aucune ou presque n'a de rapport avec toi. Crois-tu que cela soit une attitude respectable en ce moment si cruel ? Crois-tu que ces personnes soient honnêtes envers toi ? Penses-tu que tout ce noir environnant à une quelconque signification pour eux, si ce n'est pour le protocole ? Observe les un peu plus, fais abstraction de la foule et concentre toi sur les individus.. Arrives-tu à remettre un prénom sur leur visage ? A te souvenir en quelle occasion vos routes ont pu se croiser ? C'est étrange, penses-tu, car tu es forcée de constater que ce travail s'avère complexe, voire, impossible. Ne te détrompe pas, eux non plus, pour la plupart ne te reconnaissent pas, ils ne connaissent rien de ta vie, ne savent pas quelles furent tes misères. Ils ont sûrement été attirés par la chaleur dégagée, par le bouche à oreille ou par le journal, où ton nom apparaissait il y a trois jours, en petits caractères, page 12. J'en conviens, ce n'est pas flatteur, mais à quoi t'attendais-tu ? Ce jour est comme le reste de ta vie, bien que d'apparence entourée, tu es seule, comme toujours. Ne sois pas trop dure dans ton jugement, la seule et véritable personne à qui tu peux en vouloir c'est toi, et toi seule. Au fond de toi, tu l'as toujours su, et c'est certainement cette ranc½ur qui t'a rendu aigrie et maussade, un peu plus à chaque fois, comme abîmée par le temps. Il faut dire que lui non plus ne t'a pas épargnée. Tu n'as pas su l'apprécier à sa juste valeur, et il n'a pas été de son gout de te faire entrevoir ne serait-ce qu'un soupçon d'espoir. Il t'aurait fallu ce minimum de courage, de caractère pour apprécier ce que tu aurais pu acquérir, mais tu n'étais bonne qu'à trainer ta carcasse, les bons jours. Tu as choisi la facilité, quitte à t'emprisonner avec.
J'espère que tu comprends, me comprends. Il faut dire que j'ai été tout à l'inverse de toi. Nous avions beau être liées, seule la chair et le sang pouvait faire office de ressemblance. Oui, les traits aussi. Mais seulement physiques, et non de caractère, ils font toute la différence vois tu. J'ai su tirer mon épingle du jeu, et tu devrais en être contente pour moi. Égoïste que tu es, cela n'a eu pour effet que l'arrivée de cette jalousie malsaine, assénant encore plus ton état, déjà bien mal en point. L'on m'a sourit mais parce que j'ai su me trouver aux bons endroits, aux bons moments, je me suis battue vois tu. Je n'attendais pas que tout arrive sur un plateau, je savais que c'était vain. Tu ne l'as jamais compris. Cela a causé ta perte. En te voyant, blafarde et ainsi aux yeux de tout le monde, je ne peux m'empêcher d'avoir honte. C'est quelque part mon visage que voient aussi tous ces gens. Voilà le dernier cadeau que tu es en mesure de me faire. Il ne diffère pas tellement des précédents, comme une dernière pique à mon égard. Je n'en attendais pas moins de ta part. Tu n'auras même pas eu le courage d'abréger ce long processus ne pouvant te mener qu'à cette issue fatidique. Non, tu t'es laissé ronger lentement, agrémentant cette souffrance d'alcools et d'autres pourritures. Cela t'étonnera de savoir que j'en savais bien plus que ce que je ne laissais paraître. Ne crois pas que c'était de mon plein gré, ce fut bien malgré moi que ces nouvelles empoisonnées me parvenait. Je n'ai jamais souhaité m'étendre dessus, n'ai jamais cherché à en connaître davantage, tu ne m'as pourri la vie que bien trop d'années, j'avais une Vie à présent, et déjà bien trop de soucis pour prendre en charge les tiens.
Ce sont mes derniers mots que tu reçois là, mes dernières pensées mêmes, car une fois le pavillon franchi, cela en sera fini. Ton souvenir s'effacera rapidement de ma mémoire et enfin je pourrai prendre un nouveau départ, le mien, enfin. Je ne sais pas s'il t'est encore possible de m'entendre. Je l'espère, qu'au moins tu partes en connaissant tout ce que tu n'as jamais été en mesure de percevoir, sotte et bornée que tu pouvais être. Je ne me rendrais plus ici, ce sera la seule et unique fois. A quoi bon ? Je n'ai pas l'esprit divaguant au point de croire que cela pourrait avoir un quelconque effet, alors, autant ne pas perdre ce temps, si précieux.
Je ne le vois que trop passer, et je m'affole maintenant de voir ce cher temps perdu, à ressasser tout ça. Nous dirons que c'était mon Adieu, l'ultime. Je ne sais ce qui t'attends, ce qui est sur c'est que demain sera une journée nouvelle, bien meilleure pour nous tous.